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À la découverte du pays du matin calme

À la découverte du pays du matin calme

20 août 2019

Initié dès son plus jeune âge au voyage, François Picard ne cesse d’explorer avec passion les routes du monde. Journaliste de formation, cet explorateur a parcouru les 4 coins de la planète afin de partir à la rencontre des autres peuples parfois inconnus du grand public. François organise ses voyages avec une légèreté et une discrétion incomparable. On lui doit de nombreux documentaires à la fois instructifs et touchants dont celui de la  « Corée du Sud, pays du matin calme » .  

 

Qu’est-ce qui vous a fasciné le plus en Corée du Sud?

Ses contrastes. Le fait d’avoir à la fois des personnes timides, mais ouvertes, pudiques, mais pas gênées d’être nues devant vous dans un sauna (un loisir très populaire). Une vie moderne, mais pleine de traditions. Des villes ultramodernes et des campagnes qui conservent des gestes millénaires.

Est-ce possible de visiter ce pays avec un budget serré, style voyage sac à dos?

La Corée reste un pays assez dispendieux. C’est difficile de se loger à Séoul pour moins de 40 CAD par nuit. Moi, il m’est arrivé plusieurs fois de dormir dans ma voiture. Ce n’était pas tant par souci d’économie que pour me réveiller au lieu idéal très tôt le matin pour filmer avec les meilleures lumières (et cela me rappelait mes voyages d’il y a 10 ans). On peut facilement se le permettre, car il n’y a aucun problème de sécurité et c’est une donnée à prendre en compte quand on calcule le coût de location d’une voiture. Pour les repas, on peut s’en sortir pour pas trop cher, surtout en mangeant dans la rue!

Il existe un grand esprit d’entraide en Corée. À mesure que le voyage avance, si on se fait des relations, avec un peu de chance, on peut se voir proposer de profiter d’un appartement vide chez un ami d’ami. C’est ce qui m’est arrivé !


Crédit photo: François Picard

 


 Quel est votre panorama coup de cœur?

La baie de Suncheon est vraiment paisible et magnifique à contempler. Le parc du Séoraksan (près de Séoul) offre aussi des paysages de forêt et de granite agréable à vaincre. Les villes comptent aussi de somptueux panoramas : à Séoul (en haut de la tour Lotte par exemple) et à Busan (au pied du pont suspendu de Gwangan – il est long comme 3 fois le pont Jacques-Cartier !).

Quelle expérience devrait-on absolument y vivre?

J'ai voyagé dans un grand nombre de pays, mais je n’ai retenu quasiment qu’une seule chose de ces aventures : mes rencontres. Comme ailleurs, il ne faut donc pas quitter le pays sans avoir passé du temps avec les Coréens. Les différences culturelles sont immenses, mais quand le cœur y est, la communication passe et chacun fait fi des bizarreries de l’autre.
Je me rappelle d’un souper merveilleux avec Lee Eun-Cheul, un fabricant de sabres, son épouse et un de ses disciples. Personne autour de moi ne parlait ni français ni anglais. Mais qu'est-ce qu'on a pu rigoler ! Je sais les Coréens très à cheval sur la politesse et j’ai fait mon possible pour lui marquer mon respect. Je me régalais devant le barbecue posé sur la table du restaurant et continuais à manger tant qu’il continuait aussi. Bien des mois plus tard, en écrivant mon livre « Corée du Sud, le pays du matin calme », j’ai appris que c’est toujours au plus âgé de poser ses baguettes en dernier. Les plus jeunes doivent s’arrêter avant… J'ai compris que je l’avais forcé à se délecter plus que de raison.

Quel est le meilleur moyen de transport pour s'y déplacer?

La plupart des villes sont reliées par des trains à grande vitesse. Les métros ou les taxis permettent de circuler à peu de frais dans les agglomérations. Si on veut aller à la campagne, il faut louer une voiture. C’est tout à fait possible de conduire dans le pays, bien que, assez étonnamment, les Coréens soient peu civiques au volant (alors qu’ils le sont partout ailleurs). Ils sont assez nerveux, mais moins que les Français… J

Pour conduire, la première difficulté est de lire les panneaux dans l’alphabet coréen, le hangeul… Je me suis fait souvent aider sur les aires d’autoroute où les automobilistes n’hésitent pas à passer du temps avec vous pour vous guider. Le GPS n’est pas toujours facile à régler en coréen ! Et, figurez-vous que les applications comme Google Maps ne fonctionnent pas en Corée. Quant aux équivalents coréens, ils ne prennent pas les caractères latins. J’ai finalement découvert l’application Rome2rio, qui s’est avérée indispensable pour mes trajets en voiture. Et cela m’a bien servi dans les méandres des villes tentaculaires comme Séoul ou Busan !

Qu’est-ce que la majorité des gens ignorent de la Corée du Sud, selon vous?

Beaucoup, même parmi les Occidentaux qui vivent sur place et qui ne voient dans la Corée qu’un pays ultramoderne ayant perdu son âme. Dernière leurs smartphones, les Coréens sont encore très attachés à une culture très forte. Leur politesse, leur civisme, leur relation aux autres, leurs valeurs, leur nourriture et parfois leurs objets ou certains détails de leur quotidien, répondent à un héritage complexe entretenu avec ferveur. C’est un des aspects que j’essaie d’éclairer dans ma ciné-conférence « Corée du Sud, pays du matin calme ». Si en quittant la Corée, on repart avec l’idée qu’ils ont perdu leur culture, dissoute dans la mondialisation, ou parce qu’ils sont plus souvent chrétiens que bouddhistes, on est vraiment passé à côté du pays…


Crédit photo: François Picard 


 

Quelle est l’anecdote la plus cocasse de votre voyage?

Chaque fois que je partais en tournage, j’avais une jubilation, car je savais qu'il allait m’arriver quelque chose de cocasse. Malgré la modernité, dès que l’on sort des sentiers touristiques, un pays comme la Corée est une aventure en soi pour les Occidentaux que nous sommes.

Des petites choses surprennent ! Par exemple, la manière de calculer son âge. Quand un bébé nait, les Coréens considèrent qu'il a déjà un an. Mes deux filles étaient ravies de pouvoir annoncer leur âge et ainsi se vieillir un peu…

Sur place, nous avons découvert que mon épouse était enceinte. Nous avons donc découvert un pan du système de santé coréen, avec sa logique et ses règles si différentes…

Partagez-nous un moment magique vécu pendant l’un de vos séjours.

Ils sont nombreux. Je n’oublierai pas les longues heures passées avec Han Sang-Huyn, un éminent maître en art du combat de sabre que j’ai rencontré au tout début de mon séjour. On m’avait dit que les Coréens n’invitaient jamais chez eux… Or, sans hésiter, il m’a ouvert ses portes, j’ai pu dormir chez lui, dans sa famille. Une belle preuve d’amitié. Le lendemain, sous mes yeux, treize autres combattants se sont réunis pour m’offrir une démonstration de leur art martial. Un moment extraordinaire à filmer.  


Crédit photo: François Picard


 

Quel est votre mets coup de cœur?

La viande marinée des barbecues, enroulée dans de savoureuses feuilles de perilla, l’incontournable bibimbap qui se décline là-bas en mille recettes, ou encore les sushis, car le Japon est tout proche, à quelques heures de bateau depuis Busan par exemple ! Lorsque je traversais la Chine à vélo ou reconstituais à pied la piste Hô Chi Minh (avec mon épouse), je me régalais de la nourriture de rue. J’ai retrouvé cet immense plaisir des petits stands installés ici ou là, où l’on fait peu de manières, mais où l’on mange sain et frais !

Et bien sûr, il y a le kimchi, un chou fermenté enrobé d’épices que les Coréens dégustent à chaque repas. On a du mal à se remettre de la première bouchée ! Puis, on s’y habitue au fil des semaines. Après quelques mois, on ne peut plus s’en passer. Il est excellent pour la santé. 

Quels seraient les trois mots-clés pour décrire le film que vous nous proposez?

Surprises : on croit avoir une idée de ce qu'est la Corée. Et je pense qu'on sort du film avec une vision fort différente, à mon avis bien plus attrayante encore qu’on puisse l’imaginer !

Contrastes : la Corée offre une gamme de couleurs et d’émotions incroyable. À travers les paysages et les rencontres, je propose une lecture du pays tel que je l’ai vécu, avec un immense respect pour tout ce qui peut réunir les contraires : musique traditionnelle et K-pop contemporaine, architecture futuriste et lien sacré avec les vestiges du passé, industrie florissante et petites gens des campagnes,... J’ai aussi aimé mêler des séquences de nuit ou de paysage glacé, en contraste avec l’intensité des couleurs en pleine lumière !

Cinq sens : même si l’histoire et la géographie sont deux vecteurs importants qui guident le film, la richesse du pays est surtout dévoilée à travers son art qui touche à nos cinq sens. Entre les diverses expériences musicales, le papier qu’on ne se lasse pas de caresser, les danses à admirer, les saveurs des rencontres culinaires ou les effluves inoubliables des marchés aux poissons, le film sollicite tous nos sens… et il y en a pour tous les goûts !


Crédit photo: François Picard


 

Quels sont vos prochains projets? Sur quoi travaillerez-vous suite à votre tournée avec Les Grands Explos?

Il y a quelques années, je me suis installé, avec ma famille, en Belgique. Avec mon épouse Cécile Clocheret, nous avons tourné un film sur le patrimoine matériel et immatériel de ce petit pays… si proche de la France que nous – voisins français – croyons trop bien le connaitre pour nous y intéresser. Or, il s’agit d’un territoire riche et séduisant, au carrefour de l’histoire de l’Europe. Nous avons repris le tournage de ce film il y a quelques semaines et avons travaillé plusieurs mois pour réaliser un film de 75 minutes pour les ciné-conférences.

Avez-vous une citation de votre cru, portant sur votre vision du voyage ou votre perception de ce que symbolise un « explorateur »?

Le terme d’ « explorateur » peut paraitre suranné à une époque où l’on peut tenir la planète dans sa main grâce à un téléphone équipé de Google Earth ou Google Street. À mon sens, l’exploration consiste aujourd'hui à consacrer du temps au terrain – temps si précieux et compté –  et à assumer son regard subjectif. En tant que réalisateur, à l’heure où les savoirs sont disponibles en quelques clics, où voyager n’est plus un luxe, je pense que notre job est plus que jamais de mettre en perspective les évènements et de donner la parole à celles et ceux que l’on entend si peu, témoins du quotidien. Partager nos plus belles rencontres est, à mon sens, la meilleure des valeurs ajoutées de nos longs mois de pérégrination. C’est ce qui nous différencie des touristes ou des journalistes.
Je pense à une citation d’Antoine de Saint-Exupéry, que j’ai mise récemment en exergue sur la page Facebook de Culture-Aventure, l’association que j’ai créée il y a 15 ans pour promouvoir le « voyage autrement ». Je la lis comme un appel insatiable à la découverte des autres cultures du monde : « Cette terre est toute petite : on n'est jamais bien loin ».

Envie de découvrir la Corée du Sud en compagnie de notre ciné-conférencier?

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« Corée du Sud, pays du matin calme » dans une salle près de chez vous du 6 septembre au 10 novembre 2019.